Estelle Aguelon

 

 

Née en 1982. Formée aux Beaux-Arts de Rennes puis en gravure à École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles, Estelle Aguelon inscrit son parcours au croisement de l’image imprimée et du geste éditorial.

 

En 2009, elle reprend une imprimerie typographique en Auvergne. Pendant dix ans, elle imprime et illustre des ouvrages pour Cheyne éditeur, maison de poésie installée en Ardèche, approfondissant un rapport sensible au texte, au papier et à l’encre.

 

Aujourd’hui, revenue vivre à Rennes, elle développe un travail personnel qui se déploie principalement à travers la gravure, la peinture et le dessin. Ses recherches interrogent les limites du lisible et les seuils de perception. Elle explore le paysage et l’image en mouvement, moins comme représentation que comme apparition.

 

Dans une approche poétique, elle imprime des rocs, des ombres, parfois la mer entière, sur des papiers d’une grande fragilité. Elle cherche ainsi à faire affleurer ce qui demeure ténu, diffus, presque indicible.

 

Son travail est présenté à la galerie Galerie Prodromus à Paris depuis 2017.

Elle a également exposé à de nombreuses reprises en Auvergne-Rhône-Alpes, notamment à la galerie Galerie L’Inclusive et à L’Arbre Vagabond.

Elle a récemment participé aux Journées de l’Estampe à Paris et son travail sera présenté à la Biennale de gravure du Léon, dans le Finistère, en mai 2026.

 

En parallèle, elle enseigne en école d’art et propose régulièrement des workshops ainsi que des ateliers de découverte de la typographie et de la gravure.

 


Ce qui apparaît.

Longtemps la figure humaine était omniprésente dans mes dessins et peintures : des photos de classe, des images de films, des portraits d’autrices. il y avait un certain rapport au souvenir, au passé.

Très marquée par des séjours de plusieurs mois en refuge d’altitude dans le Valais Suisse, la montagne, le paysage se sont imposés comme source d’inspiration.

 

Quel que soit le sujet, je constate que mon travail s’articule autour de l’idée d’apparition et de disparition. Je cherche à créer des images qui ne se livrent pas immédiatement, qui demandent un déplacement du regard, une présence, un temps d’attention. L’image, pour moi, n’est jamais fixe : elle traverse l’espace, elle surgit, elle se retire, elle persiste comme une mémoire.

 

La série consacrée à Nina Berberova en 2003 a marqué un point de départ important. Au delà du travail de cette autrice c'est l’intensité silencieuse de son regard qui m'intéressait, sa présence. Elle nous regarde. 

Dans une première suite de quatre toiles, la figure traverse l’espace du tableau : elle apparaît, passe, puis disparaît. Le camaïeu rose, utilisé, installe une douceur presque monochrome qui contraste avec la tension du passage. la répétition de cette suite avec des déclinaisons variables — traduit un besoin frénétique de faire et refaire. Lorsque le travail me semble juste, je ressens la nécessité de le répéter, de le pousser plus loin, comme pour éprouver sa force.

Dans la  dernière version, la figure est révélée par la lumière, le portrait n’apparaît que lorsque le spectateur se déplace. De face, il est presque invisible ; latéralement, il surgit comme un spectre lumineux. Cette révélation progressive me semble essentielle : l’image existe dans la relation, dans le mouvement.

 

La question de la répétition est également liée à mon expérience d’imprimeur typographe. Produire vite, en quantité, avec efficacité, a ancré en moi un rapport presque industriel au faire. Il en résulte aujourd’hui une tension : le désir de faire grand, propre et rapidement, confronté à la lenteur irréductible des procédés manuels. Cette friction nourrit mon travail.

 

La gravure occupe désormais une place centrale. J’aime le moment précis où l’image apparaît au tirage. Même répétée, chaque impression devient unique. Par un procédé spécifique, je rends chaque tirage singulier, j'apporte une picturalité, comme si l’image se révélait à nouveau, différemment. Peut-être est-ce pour cela qu’il m’est difficile de m’arrêter : chaque apparition semble promettre un au-delà un toujours «mieux»

 

Les paysages de montagne photographiés en Valais — rochers surgissant de la brume, ciels d’orage, nuages en déplacement — prolongent cette recherche. Ce ne sont pas des sommets majestueux, mais des fragments qui émergent puis se dissolvent. Saisir l’instant, celui après lequel tout disparaît, c’est évoquer notre état de contemplation. C’est parler de notre rapport au monde, de la joie d’être présents face au spectacle de la nature. C’est parler de l’image furtive.

Qu’il s’agisse de peinture, de gravure, de papier suspendu dans l’espace ou de superpositions translucides, je travaille les plans, la lumière et la physicalité de l’image. Les feuilles de papier japonais, flottantes, laissent apparaître ou disparaître un second plan selon le souffle de l’air. L’image devient mobile, vivante.

Je cherche une peinture contemplative : ni mièvre ni fragile, mais sensible et délicate. Des images qui suggèrent sans s’imposer. Des images qui nous habitent. Je veux du beau, du vivant, de l’insaisissable.

 

Enfant, avant l’ère numérique, j’ai rêvé d’une photographie capable de montrer ce qui se passait juste avant et juste après l’instant saisi. Une image contenant sa propre mémoire. Aujourd’hui, alors que le « live » et la vidéo sont omniprésents, je tente paradoxalement de créer des images fixes qui bougent — par la lumière, par le support, par le sujet.

 

Le travail chorégraphique, en particulier celui d’Anne Teresa De Keersmaeker m'a beaucoup inspiré. Elle parle de la danse en disant : Chorégraphier c’est incarner une abstraction. Chorégraphier, c’est rendre visible une structure invisible. Peindre, pour moi, relève d’un geste similaire : donner forme à ce qui échappe.

Peindre, c’est se souvenir.

C’est faire apparaître ce qui était déjà là, mais que la lumière n’avait pas encore révélé.


Sous le regard de Jean-Pierre Siméon

     On pourrait imaginer une histoire de l’art qui serait une histoire du trait. De l’inscription rupestre aux griffures de Fautrier, du trait qui identifie au trait qui défait la forme de sa convention, le dessin, depuis toujours et cela n’aura pas de fin, prend tous les paris possibles dans la représentation du réel. Voilà pourquoi je me passionne volontiers pour le travail d’Estelle Aguelon qui ajoute à cette longue tradition son geste singulier, sa manière propre – c’est-à-dire qui ne ressemble pas. Ce qui les caractérise s’éclairerait du sens originel et oublié du mot trait, qui désigne par exemple la flèche, et nomme aussi bien le mouvement vif que la tension qu’il induit. Ou encore ce qui est saillant (de saillir, encore un mouvement, d’irruption celui-ci). Le trait d’Aguelon dit que toute forme est d’abord un mouvement dans l’espace, et même s’il s’agit de l’objet immobile (le rocher peut bien être immobile, qui pourrait croire que sa forme le soit, elle qui bouge selon la lumière et  l‘ombre, selon l’avancée ou le recul du regard ?). Aussi bien le trait chez elle semble n’avoir ni commencement ni fin, il montre l’intensité d’une apparition et son nécessaire effacement. Il ne clôt pas, il ouvre, il est l’ouvert en acte. C’est pourquoi son dessin dépasse l’anecdote d’une représentation rassurante, qui satisferait notre appétit de reconnaissance. Il fait mieux, mille fois mieux, et plus rare : il donne à éprouver sous le motif ou la figure ce qui en est la vie même : un mouvement qui tranche sur la neutralité du rien, son surgissement flagrant dont la fugacité même fait le prix. Toute l’aventure fragile de la vie dans un trait, avouez que ce n’est pas banal…


Jean-Pierre Siméon
13 novembre 2013


Expositions à Venir : 

 

Galerie Prodromus

46 rue Saint Sébastien - Paris 11ème

du jeudi 11 juin au samedi 4 juillet 2026

Vernissage mercredi 10 juillet à 18h30

Expositions à Venir : 

 

Pléneuf-Val-André 

du 3 au 9 août 2026

 


EXPOSITIONS Récentes

Ce qui persiste.

 du 19 mars au 31 mai 2026

Galerie Grand Angle

Rennes

Privilégiant les grands formats imprimés sur papier japon, suspendus et flottants, j’explore le paysage et les sujets mouvants.

Par le jeu des transparences, je cherche à révéler ce qui est sur le point de disparaître.

 

Dans cette pratique, il s’agit moins de montrer que de révéler — faire affleurer ce qui demeure fragile, diffus, presque indicible.

Le regard est ainsi invité à circuler, à traverser les couches, à éprouver physiquement la matérialité du support.

 


Œuvres de papier

du 29 avril au 30 mai 2026

Abbaye de Paimpont

Bretagne


Biennale internationale de Gravure du Léon  

du 1 au 31 mai 2026

Saint-Paul-de-Léon

Finistère


Glaz-Louet

 du 8 au 21 septembre 2025

Orangerie du Thabor

Rennes

Glaz-louet : bleu-gris en breton, comme le bleu-gris des images d’Estelle Aguelon.

Glaz étant un bleu indéterminé, évoquant les différentes teintes que peut prendre la mer en Bretagne. 

 

Les grands formats, imprimés sur papier japon,

suspendus et flottants,

évoquent la mer et le mouvement, 

la fragilité des choses qui passent.

Des paysages d’où jaillit la figure, comme une seconde peau,

figure fragile qui dans un souffle disparaît.


Dans la brume

 du 5 novembre au 8 décembre 2024

 Galerie L'Antre temps

Rennes

- auprès de sculptures de Pierre Brongniart -


Un été à la galerie l'Antre temps 

été 2024, Rennes


 

Entre mer et montagnes

 été 2022

 Galerie L'Inclusive

Ambert


 

MONTAGNES et MONOTYPES

 été 2019

 

TI MOUTIK

Concepteur éditeur d'objets du quotidien

13 rue Auguste Brizeux
Pont-Aven

MONTAGNES

 

Châteldon

 

Exposition du 10 juillet au 4 août 2019
Estelle Aguelon • Laëtitia Devernay • Marion Janin
Du mercredi au dimanche de 15 h 30 à 18 h 30

Ancienne pharmacie, place Jean-Jaurès 63290 Chateldon


 

 

MONTAGNES

 

du 12 octobre 2018 au 6 janvier 2019

L’ARBRE VAGABOND
Bar à vins - librairie

Au lieu-dit Cheyne
43400 Le Chambon-sur-Lignon
Haute-Loire

 


 

 

Galerie PRODROMUS,

 

Paris 11ème, du 26 mai au 7 juillet 2018

 

Un dizaine de peintures sont toujours visible à la galerie

 

46, rue Saint-Sébastien

75011 Paris

Tél. : 01 43 14 48 25

http://prodromus-galerie.com/

 

 


Expositions

 

 

La Rafinerie, Bruxelles, 2007
Le Bief,  Ambert, 2008
Chapelle des Cordeliers, Clermont-ferrand, 2009
Le GAC, Annonay, 2014
Centre Camille Claudel, Clermont-ferrand, 2014
La Chose typo, Clermont-ferrand, 2014
Cheyne éditeur, Le Chambon-sur-Lignon, 2014

 

Le Chambon-sur-Lignon, février, mars 2016

Le Chant de la terre, Pont saint Esprit, mars avril 2016

 Hôtel du département, 43000 Le Puy en velay, mai, juin 2016

 Salle Gaillard, 63000 Clermont-Ferrand, de mars à juin 2016 

( Exposition collective avec Le Chant de l'encre )

 Cabane de Mille, Liddes, Valais suisse, du 8 Juillet au 24 septembre 2016

Atrium de Laroquebrou, du 24 août au 19 septembre 2016

( Exposition collective avec Le Chant de l'encre )

Galerie AMAC, Chamalière, novembre décembre 2016